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AUXERRE

AUXERRE EN FÊTES !

Retrouvez les textes et les images de l’exposition réalisée et présentée par la Bibliothèque et les Archives municipales du 30 novembre 2018 au 19 janvier 2019.

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Concours international de musique de 1934 : la place Charles-Surugue (AMA, 27 S 695).
Moments de cohésion, de partage et de plaisir, les fêtes rassemblent une communauté autour de ses valeurs et son imaginaire. Qu’elles soient d’essence populaire ou officielles, elles peuvent être locales ou célébrées au niveau national. Au fil du temps, les pratiques et les finalités ont évolué et se sont recomposées.

Sous l’Ancien Régime, les fêtes se caractérisent par leur ancrage communautaire et leur inscription dans le calendrier agricole et religieux. À partir de la Révolution française, les célébrations et manifestations officielles font participer les citoyens à la construction progressive d’une culture nationale.

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Fleurs de Vigne 2006 (Cl. Josette Laliaux, ville d’Auxerre)
L’Auxerrois se distingue au XIXe siècle par l’originalité des retraites illuminées où apparaissent les images d’un ailleurs idéal et fantasmé. Au XXe siècle, la culture festive populaire s’ouvre à des pratiques relevant aussi des loisirs et du tourisme, lors d’événements d’un nouveau genre (concours musicaux, rencontres de football...).

À partir des fonds patrimoniaux de la Bibliothèque et des Archives municipales, partons à la découverte de ces instants particuliers de la vie auxerroise. Qui sait ? l’esprit de la fête n’est peut-être pas très loin...

De l’Ancien Régime à la Révolution française

Sous l’Ancien Régime, les fêtes se structurent autour de communautés dont elles réaffirment périodiquement la cohésion. La Révolution française apporte une dimension nationale et laïque aux célébrations.

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Le Fou du Carnaval et sa marotte (BMA)

Les fêtes de communautés

Jusqu’en 1789, chaque corps possède son calendrier festif et ses rituels, parfois hauts en couleurs : les vignerons célèbrent la Saint-Vincent au mois de janvier, tandis que les chanoines du chapitre Saint-Étienne dansent et jouent au ballon dans leur église le jour de Pâques. La population d’Auxerre est fortement attachée à ces manifestations, parfois jusqu’à nos jours (carnavals).

Les cérémonies officielles : d’une célébration locale à une célébration nationale

Les réjouissances publiques d’Ancien Régime sont ponctuelles et sans organisation uniforme à l’échelle du royaume. Elles sont organisées par les autorités locales avec le concours de la population. Il s’agit surtout de la célébration d’événements touchant à la personne du roi et de son entourage ainsi qu’aux relations de la monarchie avec les autres États. La Révolution apporte un esprit nouveau aux célébrations en les inscrivant dans un calendrier festif national et laïcisé. Mais la prolifération de fêtes officielles entraîne un désintérêt de la population. Les aspects festifs ressurgissent à l’époque napoléonienne.

Focus : les fêtes d'Ancien Régime

Les fêtes religieuses « officielles » marquant le rite catholique rythment l’Ancien Régime. Des particularismes locaux sont à noter comme à Auxerre, la Saint-Martin ou la Quasimodo. Mais l’Ancien Régime connaît aussi des fêtes profanes que l’autorité religieuse tente d’encadrer pour éviter des débordements licencieux :

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Missel de l’évêque d’Auxerre Jean Baillet (BMA, Ms 52 G / Cl. IRHT)

La chevauchée de l’âne consiste à promener, juché sur un âne, à travers une ville ou un village, un mari trompé ou battu par sa femme. Parfois, le mari en question peut être remplacé par un mannequin de paille ou par un figurant.

La fête des fous – ou office de la fête des fous –, sous un aspect quasi solennel est parfois source de scandale. Dans la cathédrale même, religieux et laïcs concélèbrent une messe en présence de l’évêque des fous, assis sur le siège épiscopal.

Le charivari : Furetière, auteur du Dictionnaire universel (paru en 1690), définit le charivari comme un bruit confus que font des gens du peuple avec des poêles, des bassins et des chaudrons pour faire injure à quelqu’un. On fait des charivaris en dérision des gens d’un âge fort inégal qui se marient. Cette pratique existe à Auxerre sous l’Ancien Régime.

 

Focus : les fêtes de la Révolution française

De 1791 à 1799, la fête révolutionnaire est une manifestation officielle du pouvoir pour célébrer un événement marquant (mort d’un héros de la Révolution, bataille victorieuse...) voire même une célébration à caractère civique en lieu et place des fêtes religieuses du temps passé, comme la Fête de l’Être suprême.

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Cantique pour la fête de l’Être suprême. Vers 1794. (AMA, 1 I 31)

La Fête de l’Être suprême, instaurée par les Montagnards en 1794, se veut une expression des idéaux des Lumières. Il est fait mention de l’Être suprême dans le préambule de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.

La Fête de la Fédération est la fête célébrée le 14 juillet 1790, premier anniversaire de la prise de la Bastille, sur le Champ-de-Mars à Paris. Le roi Louis XVI est présent à la cérémonie et prête serment à la Nation.

Les fêtes révolutionnaires foisonnent : de nature funèbre, comme la fête en l’honneur de nos frères d’armes morts et blessés pour la patrie et l’exécution des lois à l’affaire des Loges (1793), de nature plus légère, comme ce Projet d’une fête en l’honneur de la Vache (1798), et parfois de nature très locale telle la fête fraternelle, donnée au représentant Mailhe, à Auxerre le décadi 20 floréal an 3 (1795).

LES FÊTES D’AUXERRE

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Élévation d’un ballon place de l’Arquebuse à l’occasion des fêtes d’Auxerre. Début du XXe siècle (AMA, 27 S 714).

La fête patronale, puis communale, occupe une place prééminente dans l’année festive. Fédérant l’ensemble des habitants, elle est l’occasion de profiterd’une grande variété d’animations. Elle peut se dérouler sur un ou plusieurs jours suivant les périodes (jusqu’à douze jours en 1929 !).

De la fête patronale à la fête foraine

Les Auxerrois célèbrent la fête de la Vierge de l’eau dans le quartier Saint-Martin-lès-Saint-Marien jusqu’au milieu du XIXe siècle. Une nouvelle fête patronale de Saint-Germain-Saint-Étienne est créée en 1851 sur la place de l’Arquebuse. Dans un souci de laïcisation, en 1878, la fête communale devient une commémoration de l’affranchissement de la ville par la comtesse Mathilde (1223).

feu d’artifice de 1982
Affiche pour le feu d’artifice de 1982 (AMA, BN 1843)

Par la suite, au XXe siècle, la fête se déplace sur les quais, de nouveau place de l’Arquebuse, puis enfin, sur le parking de la Noue. Les quartiers et les hameaux d’Auxerre ne sont pas en reste et célèbrent également leurs fêtes.

Le programme des fêtes

La présence des forains est constante du milieu du XIXe siècle jusqu’à nos jours. Le jeu, sous toutes ses formes, tient une place prépondérante dans les programmes (courses, concours d’adresse...). Il est progressivement supplanté par des exhibitions et des épreuves sportives au début du XXe siècle. Des spectacles sont donnés, qu’il s’agisse d’ascensions de ballons ou, plus tard, de représentations cinématographiques. La musique est également présente lors de bals ou de concerts. L’illumination de la ville, les retraites aux flambeaux – dont les retraites illuminées –, et les feux d’artifices apportent une touche spectaculaire.

Focus : les retraites illuminées

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, ces grands défilés de chars illuminés de l’intérieur ont eu un retentissement bien au-delà de notre territoire. Alexandre Dumas relate dans ses écrits tout son émerveillement à la vue de ce spectacle féerique.

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Char de la retraite illuminée de 1908 lors des répétitions (AMA, 27 S 680)

Les percussions résonnent dans les défilés d’enfants – puis d’adultes – qui ont lieu dans notre ville : vers 1815, on bat la retraite le soir, puis le tambour retentit aussi la nuit. Pour s’éclairer, certains de ces musiciens placent sur leur tête une chandelle dans un cornet en papier huilé. Là se trouve l’origine des retraites illuminées. La simplicité, le partage et la créativité sont les symboles premiers de ces manifestations.Les chars sont imaginés, conçus et présentés par les habitants des différents quartiers de la ville ou par les membres d’une corporation professionnelle. Chacun participe à ce moment d’union, soit par une souscription, soit par un travail, soit par une présence au défilé.

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Fragment de char de la retraite de 1889, conservé à la bibliothèque d’Auxerre (BMA)

Les retraites illuminées connaissent leur apogée en 1889, avec la réalisation de chars gigantesques. La retraite de 1900, qui devait marquer l’avènement du siècle nouveau, est perturbée par le feu qui détruit le costume d’un figurant. Les retraites disparaissent peu avant la Grande guerre.

Focus : l'exposition nationale de 1908

À la fois événement officiel et occasion festive populaire, l’exposition nationale de 1908 est une déclinaison locale des grandes expositions du XIXe et du début du XXe siècle.

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Jardin et pavillon de l’horticulture, place de l’Arquebuse. 1908 (AMA, 27 S 649)

L’exposition qui se tient sur la place de l’Arquebuse est de taille modeste. Elle rassemble des exposants concourant dans différentes catégories (commerce, industrie, beaux-arts). À cette occasion, le centre-ville est richement décoré avec le concours des habitants. Des concerts, les défilés de chars de la retraite illuminée et des attractions exotiques (« village nègre ») complètent les animations. Selon la presse, la ville aurait alors accueilli 100 000 personnes.

Focus : la Passion d'Auxerre

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Croquis de costumes pour la Passion d'Auxerre (collection particulière)
À Auxerre, cette pièce qui retrace la souffrance, la mort et la résurrection du Christ, mobilise de nombreux bénévoles. Tous, des acteurs aux figurants, en passant par les machinistes et autres participants, simples Auxerrois, se livrent avec... passion à ces représentations.

En France, c’est dans la période troublée précédant la séparation de l’Église et de l’État, en mai 1904, que le Théâtre de la Passion de Nancy voit le jour, reprenant pour la première fois la pièce, la succession des chœurs et des tableaux vivants joués à Oberammergau, en Allemagne au XVIIe siècle.

Avec le renouveau du théâtre chrétien en France, dans l’entre-deux guerres, renaissent les Passions. À Auxerre, elles sont présentées au théâtre municipal sous l’égide du Patronage Saint-Joseph, de 1926 à 1928, dignes successeurs des Mystères, jeux dramatiques écrits en vers joués au Moyen-Age.Marie Noël évoque avec humour les personnages pittoresques de cette aventure dans le Cru d’Auxerre.

Les Fêtes NATIONALES

Les fêtes nationales sont d’abord des cérémonies officielles, ce qui n’empêche pas les réjouissances populaires.

Un outil politique ...

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Revue militaire du 14-Juillet sur la promenade du Temple : la tribune. Début du XXe siècle (AMA, 27 S 147)
La Révolution est à l’origine de fêtes visant à fédérer l’ensemble de la nation. Tous les régimes politiques suivants réutilisent cet outil pour consacrer leur légitimité : la fête de la Saint-Napoléon (15 août) sous l’Empire et le Second Empire, puis le 14-Juillet sous la Troisième République. Si la fête nationale est avant tout une manifestation officielle, elle prend sous le Second Empire un aspect festif et populaire qui perdure avec la célébration du 14-Juillet.

et un moment de réjouissances

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Le concert. 2008 (Cl. Josette Laliaux)

À Auxerre, tout au long des XIXe et XXe siècles, le programme des réjouissances diffère peu de celui des fêtes communales. Les fêtes nationales se distinguent par un cérémonial qui met en scène les autorités locales (messe de Te Deum sous le Second Empire, revue militaire à partir des années 1910). Des distributions de charité sont également organisées. Dès le début du XXe siècle, les défilés et les musiques militaires sont l’attraction centrale du 14-Juillet, avec des concerts et des bals populaires. Dans les années 1970-1980, le 14-Juillet est également fêté dans les quartiers.

Focus : Des entrées royales aux voyages présidentiels, Les HOMMES de POUVOIR en visite à Auxerre

De Gaulle
Discours du général de Gaulle place du Maréchal-Leclerc. 1959 (Cl. Phéliphot, AMA, 1 Sprov 290)
Quels sont les points communs entre les quatre entrées royales de Louis XIV à  Auxerre (1650, 1658, 1674, 1683) et la visite du Premier ministre Manuel Valls (2014) ?

Rites politiques, les visites de personnages de l’État sont l’occasion de fêtes officielles mettant en scène le pouvoir dans une relation de proximité avec la population. Obéissant souvent aux impératifs d’un calendrier politique maîtrisé, ces visites sont irrégulières. Protocole, discours, banquets, cortèges, et publicité médiatique rythment le cérémonial de ces événements de l’Ancien Régime à nos jours.

Certaines de ces visites ont été l’occasion de grands rassemblements venant témoigner de la popularité des dirigeants. Ainsi en 1904, la venue d’Émile Combes, président du Conseil, donne-elle lieu à des démonstrations de soutien. Il en va de même pour l’étape auxerroise du voyage du général de Gaulle en avril 1959. Ces événements orchestrés par les autorités sont-ils encore une fête de nos jours ?

Vers une confusion des fêtes et des pratiques de loisirs ?

Au XXIe siècle, les fêtes restent porteuses d’une dimension identitaire et politique. Toutefois, la culture des loisirs et le développement du tourisme redéfinissent les finalités de la fête : elle participe aussi de la valorisation du patrimoine local et s’inscrit dans des stratégies de développement.

Fêtes et loisirs se confondent en plaçant l’événement perpétuel et le ludique au cœur des activités.

Fête foraine 2008
Fête foraine. 2008 (Cl. Josette Laliaux, ville d’Auxerre)
AJA 1994
Réception à l’hôtel de ville suite à la victoire de l’AJA en Coupe de France. 1994 (Cl. Josette Laliaux, ville d’Auxerre)
Fête du quartier Sainte-Geneviève. Mai 2000=
Fête du quartier Sainte-Geneviève. Mai 2000 (Cl. Josette Laliaux, ville d’Auxerre)
Fête de la musique
Fête de la musique. Juin 2018 (Cl. Service communication, ville d’Auxerre)

concours pêche
Concours de pêche. 1935 (Cl. Poplin)